Jeanne Damas aime à le rappeler : Rouje est une histoire de femmes. Des chemins qui se croisent, des dialogues qui inspirent, des idées qui restent. Au fil de ces portraits, elle donne la parole aux figures féminines dont le parcours l’interpelle. Ceci est la première Rencontre en Rouje, celle de Josepha Raphard.

Bonjour Josépha ! J’avais envie de te rencontrer depuis longtemps… Depuis que je t’ai connue sur les réseaux sociaux en fait : quand j’attendais mon enfant, j’ai découvert ton groupe de paroles pour jeunes mamans et femmes enceintes, le Loma Club et j’ai trouvé ça très fort, cette initiative que tu portes avec d’autres femmes. Pour la série de portraits de femmes que je commence aujourd’hui, j’aurais adoré que tu m’en dises un peu plus sur toi. Pour revenir sur le Loma et sa genèse, il faut peut-être évoquer ta propre maternité. Tu as eu ta fille Paloma très jeune - tu as toujours su que tu avais envie d’un enfant ?

Je suis tombée enceinte quand j’avais 24 ans, c’était assez jeune et j’avais très envie d’avoir un enfant. C’est aussi parce que mon mec était prêt aussi, on avait tous les deux beaucoup fait la fête avant, et on s’est dit que c’était pas nécessaire d’attendre.

C’est parce que tu es devenue mère que tu fais ce métier aujourd’hui ?

Clairement, oui ! J’ai monté des groupes de parole de jeunes mères, c’est de la thérapie de groupe et moi j’anime ces cercles en visio. Après j’ai toujours eu ça en moi, notamment avec les documentaires “MEUFS” et "MÈRES".

Ce sont les deux documentaires que tu as réalisés - comment t’es venue l’idée ?

Je travaillais comme attachée de presse à l’époque. Un soir, alors que j’étais avec des copines et qu’on arrêtait pas de parler de nos vies, j’ai commencé à les filmer. Je trouvais ça bien de montrer qu’on traverse toutes les mêmes trucs, qu’on a toutes les mêmes galères.
J’ai filmé 90 femmes, c’était un job super long, et passionnant à la fois. Le meilleur épisode de MEUFS c’est le dernier où j’ai interrogé des femmes qui ont 70 et 90 ans. Et c’est aussi le lien avec la série documentaire MÈRES : je suis tombée enceinte au moment où j’ai posté le dernier épisode.

En ayant un enfant, on change de regard sur les autres femmes et ce qu’elles peuvent vivre. Je trouve qu’on se sent liées à toutes ces mères qui vivent la même chose que nous, sans même les connaître. On dirait que tu avais déjà ce lien, en ayant fait ces tournages pour MEUFS ?

Non, pour être honnête, avant ça je m’étais toujours sentie en compétition avec les femmes, et les contacts n’étaient pas forcément naturels pour moi. J’étais entourée de garçons, j’ai beaucoup de frères et d’amitiés masculines. J’ai eu envie de faire MEUFS pour montrer ce truc qui se passe entre femmes, qu'on ne voit pas mais qu’on sent dès qu’on sort d’un dîner entre filles ou d’un moment avec d’autres femmes.

Une définition de la sororité, en fait. Et pour le Loma club, ce groupe de parole, comment l’idée est née ?

En devenant mère, j’ai réalisé à quel point c’était merveilleux et dur. Tout à l’heure tu me disais que tu te sentais privilégiée en tant que mère, et que pourtant c’était quand-même difficile. C’est exactement ça qui m’a donné envie de créer le Loma Club car peu importe ta situation, on a le droit de parler de ce qui ne va pas.
C’est primordial de rassembler des femmes qui traversent les mêmes choses pour qu’elles puissent se parler sans jugement. C’est toute l’importance du Loma Club : se connecter avec des femmes qui nous ressemblent. Je leur parle en amont pour créer des groupes équilibrés, puis j’anime les sessions en faisant en sorte que tout le monde se parle et s’écoute.
Et au fil du temps, j’ai développé un gros réseau de kinésiologues, doulas etc. Et je peux rediriger celles qui en ont besoin vers ce type de profil.

C’est un travail important, une initiative qui a dû en aider plus d’une. J’ai appris que tu déménageais en Belgique, ces rencontres vont continuer là bas ?

Oui… C’est l’intérêt de pouvoir travailler en visio. et je pourrai continuer à venir à Paris si besoin de faire des rendez-vous physiques. C’était d’ailleurs un des critères de notre choix de ville : être à moins de 2h de Paris ! L’autre critère très important pour nous est que la ville soit multiculturelle. Et en France, à part Paris, il n’y en a pas tant que ça.

En France, Paris reste finalement la ville monde.

Exactement ! Et donc, on a repéré Bruxelles, sans vraiment très bien connaître. On s’est booké un week-end là-bas, on a fait 12 visites et on s’est lancés. C’était il y a deux mois, et là ça y est, on saute le pas. On déménage ce week-end !Mais je sais déjà que ce sera temporaire... Je tiens trop à Paris, je reviendrai forcément !

Tu y as toujours vécu ?

Je suis née en banlieue parisienne, dans le 78, avant d’habiter à Boulogne. Je suis arrivée à Paris à 19 ans, dans une chambre de bonne dans le 16e. J’allais à l’école et je bossais à côté, j’étais barmaid dans plein d’endroits différents à Paris : à La Bellevilloise, puis au Social Club, au Wanderlust etc. J’ai rencontré plein de gens géniaux, j’ai beaucoup fait la fête, j’ai bien profité avant d’avoir un enfant (rires) !

Et aujourd’hui tu habites à Boulogne ?

Oui, on s’est installés ici avec mon mec. Avant on était dans le 10e arrondissement, à la limite du 18e, vers Louis Blanc. Et je ne me voyais pas être maman là-bas, il m’est arrivé deux aventures pas drôles pendant que j’étais enceinte dans ce quartier. Et aussi parce que j’avais vécu trop de choses dans cet ancien appart, j’avais besoin d’un nouveau lieu avec des énergies neutres pour ma nouvelle vie de maman.
J’avais besoin d’un quartier familial, plus tranquille, avec des parcs autour. Boulogne semblait idéal pour ça, en plus d’être à côté du travail de mon mec. En même temps, cet appartement dans lequel on est actuellement, on savait que c’était temporaire, un entre deux.

À travers ce que tu me dis, j’ai l’impression que tu as trouvé tes piliers avec ton mec et ta fille... Que leur présence te donne le courage de changer de vie du jour au lendemain.
Merci Josépha pour cet échange, tu m’emmènes visiter les environs de ton appartement maintenant ?

Oui, on va emmener Paloma avec nous et je vais te faire découvrir les Jardins des Serres d’Auteuil, c’est hyper beau.

Crédits :
Photos par Jeanne Damas
Video par Nicole Lily Rose
Documentaire "MEUFS" réalisé par Josepha Raphard

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