Jeanne Damas aime à le rappeler : Rouje est une histoire de femmes. Des chemins qui se croisent, des dialogues qui inspirent, des idées qui restent. Au fil de ces portraits, elle donne la parole aux figures féminines dont le parcours l’interpelle. Aujourd’hui, elle rencontre Coralie : ensemble, elles parleront d’acceptation de soi, de sound systems et de frites.

Merci d’avoir donné suite à cette rencontre. Pour commencer, j’aimerais en savoir un peu plus sur toi ?

J’ai des origines martiniquaises et sénégalaises par ma mère. J’ai beaucoup habité aux Antilles, à Marie Galante. J’ai vaguement fait des études mais en goûtant à la vie parisienne, d’autres envies se sont développées et j’ai fait un cursus moins carré. J’ai fait de la photo - en confrontant ma vision de la beauté à celle d’ici : mes cheveux ont vite fasciné dans le milieu de la mode ! J’ai repris confiance après des moments difficiles au collège, ma mère était noire, j’étais la seule rousse, l’impression d’être un alien. Aujourd’hui, c’est une force. Et voilà, là, je me rends compte que ma réponse est très liée au physique (rires).

Oui, mais finalement ça correspond à la façon dont on se construit dans le regard de l’autre, à notre évolution personnelle. C’est dans cette vie Parisienne que tu as rencontré ton mec ?

Oui, en club ! Au Gibus, lors des soirées hip hop à l’ancienne, puis on s’est recroisé dans la rue. Aujourd’hui ça fait 10 ans que je partage la vie de cette personne extraordinaire. On s’apporte un vrai soutien, un élan : c’est plus facile de se lancer à deux. Il travaillait dans la mode, faisait des bijoux. Il m’a tout de suite permis de croire en mes rêves.

Vous aviez tous les deux envie de travailler dans la restauration ?

Oui c’était une passion de plus en plus présente, surtout ma mère, mes tantes, on est fous de cuisine. On mange de tout, mais toujours très varié, toujours fait maison et toujours fait avec beaucoup d’amour. Aux Antilles on a baigné dans cette culture, beaucoup ont leur jardin, on s’échange des légumes au fil des saisons. Après avec les voyages j’ai voulu m’orienter vers une cuisine plus saine, différente de celle que j’avais toujours mangée. C’est là que j’ai commencé à être végétarienne.

Quand est-ce que vous avez ouvert Jah-Jah, votre restaurant ?

On l’a ouvert en 2017. C’est notre 2e resto. Le premier c’est le Tricycle, rue de Paradis… On a commencé sur un petit vélo, d’où le nom ! À la base, c’était des hot dogs végétariens.
Il y avait quelques food trucks, on avait envie de faire un truc plus écolo. Sans l’avoir cherché on était un peu avant-gardistes. L’offre était très restreinte à Paris par rapport à d’autres grandes villes, comme L.A.

Oui, j’ai l’impression que Paris n’a jamais été réputé pour ses restaurants végé…

De plus en plus ! Mais pas quand on a commencé. On a démarré le Tricycle en 2013, puis le resto du même nom en 2015 et Jah Jah en 2017. Le vélo a marché dès le 1er jour, alors qu’on n’avait pas le choix : soit ça passait, soit ça cassait et on retournait travailler... Mais on a eu beaucoup de soutien, beaucoup de chance, car on a commencé avec presque rien. Paris était aussi prête pour ça alors que dans d’autres villes plus petites, ça peut être plus compliqué de rencontrer son public sur des cuisines végétariennes ou végétaliennes.

On sort d’une période qui a été compliquée pour de nombreux restaurateurs. Comment avez-vous fait face aux fermetures ?

Dès le 1er confinement évidemment ça a été fermeture totale. On a passé du temps à la maison, chez nous, en famille avec notre fille. C’est finalement rare, comme expérience : tout a été très vite, on a eu un enfant, un boulot énorme… Donc j’ai accueilli ça avec philosophie : on est tous dans la même situation. Ça m’a apaisée, permis de prendre du recul, de voir le chemin parcouru. C’était quand même une énergie très positive !

Justement, vous travaillez en famille. Tu disais que c’était très motivant, mais il y a aussi des frontières floues entre vie pro et perso. Comment tu gères ça ?

Tout est très mélangé effectivement ! Je dirais qu’il faut trouver un rythme et même des règles pour structurer les journées. Il me faut au moins une journée 100% famille dans la semaine. Avant le confinement on était ouvert tout le temps, maintenant je prends plus soin de ma santé mentale, physique. Courir moins et profiter davantage. En vivant en ville, on n’apprend qu’à courir, jamais à se poser. Je n’ai pas envie d’en payer le prix !

Je crois que vous avez aussi distribué des repas pendant le confinement ?

Oui avec le soutien de Salomon ! On a cuisiné pour tous les précaires : des personnes à la rue mais pas que, des étudiants, des familles. On a ressorti les tricycles pour faire des distributions avec l’équipe ou des jeunes bénévoles. C’était hyper important, cette idée d’entraide. On hésitait à le mettre en avant sur les réseaux sociaux et finalement ça nous a permis de montrer qu’on peut tous s’y mettre.

Oui, en plus votre lieu n’est pas centré que sur la cuisine ?

Jah-Jah, c’est ce que nous sommes. C’est un projet très personnel, qui met en valeur le côté végétal de la cuisine afro caribéenne, mais c’est aussi un lieu où l’on mélange les genres, redécouvre sa culture, se réapproprie nos produits. Il y a la cuisine, la philosophie, la musique, avec de vrais sound systems comme en Jamaïque. On s’y rencontre, on s’y parle, ou on échange, on s’y pose des questions.

C’est ce qui nous a tellement manqué pendant les mois de fermeture. De votre côté, vous avez envisagé de partir de Paris ? Je trouve qu’après cette période et avec des enfants, on a tendance à vouloir se mettre au vert, même si les activités ne le permettent pas toujours.

L’idée nous parle évidemment, mais on doit toujours être au resto ! Mais on y pense : j’ai grandi sur une île et la nature a fait partie de mon éducation. Donc c’est dans une partie de mon cœur et un jour j’y reviendrai, j’en suis sûre. Mais aujourd’hui le resto nous permet de faire ce qu’on aime, de nous exprimer et de gagner notre vie. Donc on est là et c’est très bien !

Je me demandais, c’est quoi ton péché mignon en tant que végétalienne ?

La Junk food ! J’adore les frites !

Ça nous fait une passion commune ! Je suis obsédée par les frites, encore plus depuis que j’ai accouché.

C’est incroyable, merci à la personne qui a inventé ça ! En revanche, je ne suis pas du tout sucré, si on me donne une part de gâteau je vais galérer à la finir.

Je ne peux pas en dire autant. Pour terminer, quelle est ta vision de la Parisienne ?

Comme toi, je pense qu’il n’y a pas une Parisienne mais des Parisiennes : des femmes diverses, ambitieuses, qui veulent entreprendre, qui ont des rêves. Elles réinventent leur vie, font dialoguer les communautés. La mixité de Paris, c’est notre richesse. Un mélange de cultures, de beautés.

Rendez-vous sur @jahjahparis et le compte de Coralie @coraliekory

Crédits :
Photos par Jeanne Damas
Video par Nicole Lily Rose

Découvrez les autres portraits

newsletters
newsletters

Pssst.

Vous voulez un peu plus de Rouje ?

Rejoignez #LesFillesEnRouje, recevez par email -10% sur votre première commande… Et de l’inspiration chaque semaine.

#Join #LesFillesEnRouje Je suis déjà inscrit